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Même le Diable fut un ange au commencement. || Aldous

 :: Notre-Dame d'Ottawa

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Messages : 339 Je suis arrivé(e) le : 22/07/2016 Sous les traits de : Norman BADASS Reedus. Je me dédouble : Bastian. Pseudo : Boogey. Crédits : Boogey pour le vava. || Okinnel pour la sign. Points : 3926 Couleurs RP : #009966 Beating Me Down

J'ai : 42 ans. Age d'apparence : Une petite quarantaine. Je travaille comme : Patron du Blue Devil, un casino insalubre. Actuellement, je suis : Veuf... Niveau social : Modeste, avec de grosses rentrées d'argent ces jours-ci...





















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Sam 10 Sep - 15:18

Même le Diable fut un ange au commencement.






Ca fait plusieurs jours que je ne me nourris plus...

Je ne veux plus tuer quiconque. Je regrette tellement ce que j'ai fait à Gabriela, à toutes ces femmes que j'ai tué. Je me sens comme un monstre, une bête affreuse et incontrôlable. J'ai envie de tuer, de me repaître de la chair d'êtres humains, humain comme je l'étais autrefois. Cette nuit plus que jamais, j'ai le sentiment d'être devenu une véritable menace pour tous ceux que je croise. je n'ai pas seulement besoin de sang, j'ai envie de sang. Je veux sentir ce goût dans ma trachée, je veux voir ma victime perdre la vie.

J'aime tuer.

Je ferme les yeux, fronçant les sourcils en essayant de retenir la peine qui me gagne. Cette volonté de conduire les autres à la mort, ce n'était pas moi avant. Depuis cette chute, cette mort, je m'étais transformé en cette bête sans états d'âme. Je sentais sa prise sur moi, mon esprit, mon âme. Je savais que mettre ce démon en cage ne ferait que retarder l'échéance. J'allais tuer à nouveau. C'était déjà un miracle que je n'ai pas pris la vie de Gabriela après qu'elle ait tenté de voler la mienne. Si Aldous avait souhaité me tuer, il aurait réussi.

Et je regrettais seulement qu'il ait échoué.

S'il était parvenu à ses fins, je ne serais plus ici. Tout ça serait fini. Mais il s'en serait voulu, j'en étais certain. Et Nina... Elle aurait été débarrassé de moi et de mes idioties. J'aurais du mourir, j'aurais du. Tout aurait été bien meilleur ainsi.
Je regarde le sol, des dizaines de mètres plus bas. Cette vue me rappelle tellement la nuit de ma mort. Malheureusement cette fois, si je tombais, j'en réchapperais encore. Alors je reste assis là, tout près de cette statue de la Vierge Marie, sur le toit de la Cathédrale d'Ottawa. Je n'avais trouvé que ce lieu pour me calmer, c'était le seul où je venais si souvent pour me sentir... apaisé. Dieu, je n'en avais rien à foutre. Je n'étais pas un croyant. J'avais seulement l'intime conviction que ma place était près d'ici et que s'il y avait bien un lieu pour où un démon comme moi pouvait se repentir, c'était ici.
Je sens le regard maternel de la figure chaste se poser sur moi, sans jugement, simplement pour veiller sur ce Diable qui me possède.Je suis assis comme un enfant terrifié au fond de son lit, les genoux ramenés contre mon torse, les bras autour, et ma colonne recroquevillée autant que possible. Je pose mon front contre ma rotule, essayant une fois de plus de me calmer, de ramener les choses à la normale. En vain.
Je ne sais même pas ce que je dois faire, ce que je devrais faire. J'envisage d'appeler Nina mais je ne veux pas aggraver mon cas par la souffrance. Et plus que tout, je refuse qu'elle me voit dans cet état. Je connais bien une stryge, mais elle rirait sans doute de me voir si inexpérimenté. Je songe à Aldous. On était encore amis malgré nos coups bas. Je m'en voulais de faire appel à lui, de devoir le déranger alors qu'il était lui-même dans une mauvaise passe. Je préfère rester un instant de plus seul à seul avec cette statue, comme si la pierre me calmait mieux que la chair.

Comme si mon châtiment était la solitude.

Je relève la tête, tournant mon regard vers mon épaule et la série de plumes blanches qui en descend. Je remue doucement mes omoplates pour sentir ces immenses ailes claires se remettre doucement derrière moi. Je réalisais l'ironique d'avoir des ailes alors que ma mort venait d'une chute. Lire la Bible et ses mensonges m'avait rappelé l'histoire de Lucifer, cet ange déchu qui avait tout perdu avant de finir dans d'éternelles flammes. Je voyais presque mon image dans ces mots. J'avais même connu une succube digne de Lilith en la personne de ma créatrice.
Mes yeux se dirigent à nouveaux vers le parvis de la cathédrale, en bas. J'espérais que cette paire d'ailes aurait disparu avant le lever du jour. Mais les minutes défilaient, me semblant longues dans cette solitude mais courtes si je voulais retrouver mon physique humain. J'essaya désespérément de me calmer. Je me sens bien mal, mon coeur est lent. Mon dos souffre encore sous mon sweat lacéré. Quand mes ailes sont apparues, j'ai entendu un bruit de déchirure sans avoir s'il venait de mon vêtement ou de ma chair. Un coup d'oeil vers mes mains m'amène à penser que j'ai la peau grisâtre, comme si j'étais mort depuis quelques jours déjà. Je devine que mes pupilles sont encore dilatées même si je n'ai tué personne ce soir. J'ai tout de même la mâchoire maculée de sang. Il a bien fallu que je me nourrisse pour faire taire mon envie de chair.

Ca suffit.

Je ne peux pas rester seul ici à attendre que les choses changent. Je ne suis pas capable de les faire changer. J'attrape mon téléphone pour parcourir la liste des personnes que je connais. je relis les derniers messages de Nina et la douceur qui en ressort, les stupidités laissées par des amourettes d'un soir, et les confidences d'Aldous qui prouvaient notre amitié sans égale. Je tape un message en quelques secondes à peine, simple, mais efficace. Et j'attends.

J'attends mon sauveur.




Dernière édition par Dante Boogeyman le Lun 12 Sep - 20:36, édité 1 fois
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Messages : 238 Je suis arrivé(e) le : 07/07/2016 Sous les traits de : Charlie Hunnam Je me dédouble : Heathcliff A. Lovecraft & Jahaal J. Sepehr & Archibald S. Rosier Pseudo : Yuki Shuhime Crédits : SWAN Points : 2313 Couleurs RP : #003366

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Dim 11 Sep - 10:49
"Même le Diable fut un Ange au Commencement"



13 Octobre 2016 - 00h00 - Aldous & Dante


Il est minuit. Et j'dors pas. J'risque pas d'dormir. Ca fait des plombes qu'la nuit m'empêche d'dormir. Ironique, pour une Ombre, d'avoir peur du noir. Surement ... Pour c'que ça change. Mon existence a plus aucun sens. Y a pas si longtemps, j'avais un semblant d'stabilité. Et puis tout a explosé quand il a débarqué. Faut croire qu'j'ai pas assez souffert d'mon vivant. J'dois m'traîner une salop'rie d'malédiction d'puis toujours, y a que ça ! Shea. Six ans après. Six foutues années d'merde après. Sauf qu'il s'est pas pointé comme ça, la bouche en coeur. Non. Il est mort. Il est mort et il est r'venu aussi. Comme si tout c'bordel était pas assez dur, Circé aussi c'était r'pointé. Et dans un sacré état. Et puis Alice. Alice qui était d'venue une Goule, protégée par une Ombre, élevée par la Vierge Marie pour ne pas succomber à ses appétits carnassier. Quel bordel. Y avait plus rien qui tournait rond. Même cette fille, la foutue gamine d'c't'enculé d'mexicain, elle avait pris dans ma vie, une place de ouf. C'est contre elle qu'j'me r'tourne. Elle était chez moi, c'te s'maine. Dante en avait marre d'l'avoir dans les pattes. Et j'avoue qu'ça m'fait pas d'mal d'plus être tout seul. Elle met un peu d'vie dans c'taudis. Et elle veut pas dormir toute seule, alors elle vient dans mon lit. Uriel s'blottit contre elle et les v'là partis pour une joyeuse partie de ronflade alors qu'j'me fais chier à r'garder l'plafond en pensant à tout c'qui déconne dans ma putain d'vie. Mais c'soir, y a une foutue vibration qui m'sort d'ma torpeur.

Il se penche sur sa table de nuit, roule précautionneusement hors de l'étreinte de Gabriel qui dort enroulée contre lui. Il attrape son téléphone et voit le numéro de Dante s'afficher. Il lit le message et il ne lui faut que quelques secondes pour s'extirper du lit sans réveiller la belle endormie ni le chien, passer un tee-shirt, un sweet et un vieux baggy tout crade, une paire de pompe et une casquette. Dante. Il a besoin de lui. Suffisamment pour être rendu à lui envoyer un message qui parait désespéré. Alors Aldous n'hésite pas une seconde. Il griffonne un mot pour Gabriella et caresse une fois Uriel pour le prévenir de veiller sur elle, avant de se téléporter. La cathédrale, il savait où elle était. Il y mettait jamais les pieds parce que sa mère l'avait vacciné à vie des conneries religieuses que proféraient les habitués du lieu. Sur le toit. Arrivé intangible et invisible, il reprend sa forme humaine avant de se rapprocher d'une statue. La Vierge Marie. Comme si le sort le poursuivait, même ici. A côté d'elle, roulé en boule la tête dans les genoux, il y avait Dante. Mais il ne ressemblait en rien à son ami. Loin de sa fierté à toute épreuve, de son charisme éblouissant et de sa confiance en lui inébranlable. Il avait l'air d'une loque, la peau grise comme la pierre. Et des immenses ailes blanches sortant de son dos. Aldous eut une bouffée de tendresse en le voyant ainsi, et il dut se retenir de poser ses mains sur les plumes pour en sentir la texture. Il verrait surement ça comme une autre violation de son intimité, et il ne pouvait pas lui faire ça. Pas alors qu'il le sentait si mal.

J'passe d'vant lui. J'sais qu'il m'a entendu arriver, et pourtant, il a l'air au bout du rouleau. J'm'assoie à côté d'lui sans rien dire. J'regarde c'qu'il regarde. Le vide. C'est putain de haut et même si j'ai jamais eu l'vertige, j'avoue qu'ça amène à réfléchir. Lui, il a l'air presque emmuré dans son corps, gargouille inexpressive bouffé par la tristesse et la peur. J'aime pas l'voir comme ça. Parce qu'd'nous deux, c'est lui l'mec fort. C'est lui l'gars sur qui on peut compter. C'est moi l'barge qui pète un câble, qu'est pas foutu d'faire quoique c'soit comme il faut et qui fout la merde partout. Comment j'fais, si Dante part en couille maint'nant ? J'sors mon paquet d'clopes. Vide. J'serre les dents. Foutue gamine qui m'a encore vidé mon truc sans rien m'dire. A force d'faire sa rebelle et d'tout faire comme Dante et moi, elle a pris des sales habitudes. Heureusement qu'elle a pas encore eu la brillante idée d'toucher à l'héro. Faut dire qu'quand elle est là, j'y touche pas non plus, histoire d'éviter d'lui donner des idées. D'aucun dirait qu'elle a un effet positif sur moi ... Boarf. J'me touche un peu la barbe. Mon r'gard est foutrement attiré par les ailes aux plumes toutes blanches. Ca à l'air duv'teux, confortable, l'genre d'trucs dans l'quel j'pourrais m'endormir. J'imagine un moment Shea avec des ailes et mes yeux s'voilent. C'est vraiment pas l'moment d'virer mélancolique. J'me r'tourne vers Dante alors et j'hoche doucement la tête.

"J'suis là vieux. Qu'est-c'qui t'arrive, mon frère ?"



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Dim 11 Sep - 14:49

Même le Diable fut un ange au commencement.






Je tourne la tête vers Aldous.

Je la rebaisse aussitôt, l'air inquiet, dégouté de moi-même. Lui, c'est une ombre, mais il est encore lui-même, il est humain en apparence. Je sais qu'il fait du mal aux autres mais rien ne le punit pour ses agissements. Il va bien là où moi je ne sais même plus comment endurer la souffrance. Et Dieu sait à quel point je suis endurant. Je n'avais même pas craqué à l'enterrement de mes propres enfants. Je détestais avoir l'air faible, fragile, humain. Ce n'était pas moi. Les rares fois où je me l'étais autorisé, j'étais seul ou avec Juliette.

"Je suis un monstre..."

Je ferme les yeux en remettant ma tête contre mes genoux. Je me sens plus mal que jamais. Je repense à cette nuit, à la douleur que j'ai éprouvé quand mes ailes sont apparues. Je me mets à songer à nouveau à ce que j'avais ressenti en serrant Nina contre moi, cette brûlure inqualifiable. Cette malédiction, j'étais seul à la porter alors c'était d'autant plus dur de l'endurer.
Je relève la tête, soupirant derrière mes crocs. Il me suffit de repenser à des quelques derniers mois pour comprendre d'où venait le problème. Depuis que j'étais un stryge, je n'avais plus rien de l'homme que j'étais auparavant. Ce démon en moi... C'était la pire chose qui m'était jamais arrivé. Les mots de ma chère banshee me reviennent en tête, si j'étais mort cette nuit-là, on ne se serait jamais rencontrés. Je n'aurais pas non plus retrouvé Aldous.
J'essuie le bas de mon visage dégoulinant de sang dans ma manche pour essayer d'échapper à cette odeur de sang qui reste sur moi. Je tente d'échapper aux morts que j'ai causé, à cet être meurtrier que je suis devenu. Je ne voulais pas de tout ça, je n'avais rien demandé. Ma seule erreur avait été de vouloir oublier Juliette en suivant une femme...

"Voilà ce qui m'arrive... J'ai pas envie de tuer, mais j'en ai besoin... J'ai pas demandé à avoir des ailes et des crocs, mais j'en ai... J'ai rien voulu de tout ça et... Et je sais plus quoi faire..."

Ma voix déraille, je ferme de nouveau les yeux pour retenir ma peine, les sourcils froncés par la peur. Je sens mon coeur accélérer de plus en plus, mon souffle aussi. Je vis un cauchemar où je ne contrôle plus rien. Moi qui avait passé dix ans dans une totale perfection, je n'avais plus la moindre emprise sur ma vie. J'avais une faim qui ne cesserait jamais de s'amplifier, des capacités destructrices que je ne pouvais pas manipuler, et une bête fauve inarrêtable.
Dans mon esprit, tout se mêle. Je lâche un soupire de douleur en revoyant les visages de ces femmes que j'ai tué, et celui de celle que j'aime. Le plaisir de la tuerie, la souffrance de l'attachement. Je me sentais punis pour quelque chose que je n'avais pas fait. Je ne contrôlais rien de tout ça! Je n'avais pas demandé à devenir une machine à tuer!

"J'avais besoin de sang, mais je voulais pas encore tuer quelqu'un..."

Je déplie les jambes, les laissant pendre dans le vide, le dos toujours courbé vers l'avant, la tête bien basse. Je vois le sol en bas, désert. Il n'y avait que les damnés éternels pour traîner près d'une cathédrale la nuit. les autres, les bons petits chrétiens, viennent le dimanche et prient tous les soirs au lieu d'errer comme une âme en peine.

"J'ai eu l'idée de me servir d'une infirmière à l'hôpital... Ca a bien marché, mais en rentrant chez moi... Je sais pas... Mes crocs sont sortis et tout s'est emballé..."

J'avais eu mal, incroyablement mal. Et pourtant, rien d'égalable au toucher d'une banshee. Quoique je fasse, peu importe si j'étais guider par mon instinct démoniaque ou mes sentiments humains, je subissais les conséquences de mon choix. J'étais en souffrance quoiqu'il advienne.

"Je sais même pas comment faire pour que tout revienne à la normale..."

Je ne peux pas m'empêcher de me crisper en repensant à ce que mon corps avait pu endurer en quelques mois seulement. Le poison dans mes veines, le sang dans ma gorge, une simple caresse. Tout était devenu une torture pour moi.

Je vis un Enfer.

"Je voudrais redevenir humain..."




Dernière édition par Dante Boogeyman le Lun 12 Sep - 20:37, édité 1 fois
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Messages : 238 Je suis arrivé(e) le : 07/07/2016 Sous les traits de : Charlie Hunnam Je me dédouble : Heathcliff A. Lovecraft & Jahaal J. Sepehr & Archibald S. Rosier Pseudo : Yuki Shuhime Crédits : SWAN Points : 2313 Couleurs RP : #003366

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Lun 12 Sep - 19:05
"Même le Diable fut un Ange au Commencement"



13 Octobre 2016 - 00h00 - Aldous & Dante


Un monstre. Qu'est-c'qu'il veut qu'j'réponde à ça ? Bien sur qu'c'est un monstre. C'est pour ça qu'on s'est r'trouvé et c'est pour ça qu'ça marche si bien entr'nous. Parc'que j'suis un monstre aussi. Qu'est-c'qu'il veut qu'j'y dise ? J'ai même oublié c'que c'est d'être normal, d'avoir des r'mords. La p'tite voix qu'on a dans la tête et qui nous dit d'pas faire d'conneries, moi, elle m'a toujours dit l'inverse. Même avant d'être un Ombre. Blanc ou noir, j'ai toujours pris noir. Bien ou mal, j'ai fais mon choix. Ou pas. J'me suis jamais posé la question. J'écoute mes instincts. Mes instincts qui m'poussent toujours à faire d'la merde. J'pense à Shea. Lui c'était l'inverse. Lui il faisait toujours c'qu'il fallait. J'pose mes yeux sur Dante. Et j'comprends. J'comprends c'qui lui arrive même si il m'l'a pas dit. J'soupire en fourrant mes doigts dans ma barbe. J'le vois s'mettre en boule et s'plaindre, avec une voix triste qu'a rien à voir avec l'Dante qu'je connais. L'mec fier et digne. L'tricheur qu'a toujours une idée derrière l'crâne. Qui fait jamais rien sans rien. Là, j'vois un pauvre type, au bout du rouleau, qui s'dégoûte et s'déteste. J'connais ça. J'connais c'qu'il ressent. C'pas ma condition d'Ombre qu'm'a fait ressentir ça. Non, c'est c'que j'étais avant. C'que j'étais quand on s'est connu, Dante et moi. J'soupire encore. Quand t'es accro à un truc qui t'pousse à faire c'qui t'répugne au plus profond d'toi, et qu'ça t'bouffe, ça t'transforme à tel point qu'tu t'reconnais même plus. J'regarde mes bras. J'ai pas b'soin d'voir la peau pour d'viner les milliers d'putains d'cicatrices qu'j'ai partout.

"J'sais. J'sais c'que c'est."

Sa voix se veut rassurante. Et il se retient de poser un bras affectueux sur autour de ses épaules. Parce qu'il craint que ça le mette plus mal à l'aise, parce qu'il ne veut pas lui faire mal là où sont sorts ses ailes. Ses ailes. Aldous se souvient de leur dernière soirée, quand ils se sont retrouvés après leurs vengeances puériles à deux balles, avec Gabriella inconsciente, et que, défoncé, l'Ombre avait imploré son ami de lui montrer ses crocs puis ses ailes. Comme un jeu. Parce que tout n'était qu'un jeu, Aldous avait fini par le comprendre. Ils n'étaient tous que des pieds sur un grand échiquier et leur volonté, leur libre-arbitre, n'étaient pas grand chose face au dessein des joueurs qui manipulaient les pièces. Il n'avait jamais été croyant, mais il lui fallait bien avouer que son retour d'entre les morts, lui faisait envisager l'existence d'une entité supérieure. Et d'instinct, il avait tendance à croire qu'elle était maléfique. Il soupire en se grattant la barbe. Il est vraiment loin de l'ami idéal, réconfortant et compatissant. Pourtant, il tenait sincèrement à Dante. Il l'aimait comme on aime un frère. Et le voir si misérable, asservi à un tourment tellement plus grand et plus fort que lui, lui faisait mal. Il sent son coeur mort se serrer et il crispe ses mains, contractant les muscles de ses doigts comme s'il se retenait de cogner dans quelque chose. Il ne savait pas comment gérer la situation. Parce que ce que disait Dante était vrai. Parce qu'il avait élucidé le problème. Le résoudre, c'était très différent.

"T'sais Dante. T'pourras pas. T'pourras jamais r'venir en arrière. T'pourras pas r'trouver ta femme et tes gosses, t'pourras pas r'dev'nir vivant. C'est fini. T'sais très bien qu't'as pas l'choix. Qu'c'est l'seul moyen. Je ..."

J'pose quand même une main sur son dos. J'effleure à peine les ailes qui frémissent sous mes doigts. C'est doux. Doux comme une caresse. Et pourtant, Dante voudrait s'les arracher. Être dégoûté d'soi même, c'est sur'ment l'pire. Parc'qu'on peut s'éloigner, d'ceux qui nous dégoûtent, d'ceux qui nous font du mal. On peut pas s'barrer d'soi même. Sauf en s'tirant une balle, et encore ... j'suis la preuve qu'ça peut rien résoudre du tout ! J'inspire profondément avant d'me tourner vers mon frère. Il a l'air tellement mal, j'peux pas l'laisser comme ça, j'peux pas. Mais j'ai l'impression d'rien pouvoir faire, qu'tout c'que j'dis, ça fait que aggraver. J'pense à Shea. A Shea qui comprend rien quand j'lui parle. A Shea qui croit jamais c'que j'peux lui dire d'sincère. Et puis j'pense à Alice. Au contraire, elle, elle boit mes paroles. Alors comment j'fais ? Comment j'fais pour faire comme avec Alice et pas comme avec Shea ? Comment j'fais pour par tout foutre en l'air ?

"J'ai ressenti la même chose. T'sais, au début, quand j'me suis barré d'chez mes parents. J'avais qu'16 piges, j'étais qu'un gosse. J'ai commencé la dope. Bah c'est d'venu plus qu'une envie, un besoin, comme tu dis. J'pouvais pas vivre sans. Mon corps était encore plus accro qu'ma putain d'cervelle. Alors fallait qu'j'trouve un moyen. Un moyen d'en avoir. Toujours. Toujours plus. Et c'que j'faisais ... pour en avoir ... ça m'dégoûtait. J'pouvais plus m'regarder en face. Mais j'le f'sais quand même. Parce que .... parc'qu'j'me disais qu'j'avais pas d'autres choix."

Il se force à respirer calmement alors que les souvenirs montent en lui et lui donnent la nausée et l'envie de s'enfoncer une aiguille dans les veines, de presser le piston pour laisser couler l'héroïne. Même mort, il ne s'était jamais guéri de cette soif de drogue, même Ombre, il croyait encore aux pouvoirs de ces paradis artificiels liquides. Mais c'était un autre problème. Surement pas celui de Dante. Celui de personne d'ailleurs, il n'y avait qu'Aldous que ça concernait. Il soupire encore et encore. Sa cigarette c'est consumé sans qu'il n'avale une seule fois la fumée. Comme s'il avait oublier le bâton de poison entre ses lèvres à force de poser ses yeux sur la détresse de Dante. Que c'est difficile, de parler, de raconter tout ce qui le tourmente, et sans la moindre certitude que ça serve à quoi que ce soit. Pourtant, aidé par le désespoir qu'il lit en son ami, et par cette aigreur qu'il voit dans sa contemplation du vide sous leurs pieds, il persiste.

"Sauf qu'on a toujours l'choix. Moi, j'ai toujours choisi d'faire d'la merde. Toi, pas. T'as choisi d'te barrer du casino pour d'venir un père digne d'ce nom. T'as choisi d'te battre quand ta famille est morte. T'es pas un lâche comme moi, qui s'laisse aller et qui s'rend compte après qu'il aurait du faire autrement. T'as la force d't'en sortir, mec. Vraiment. Y a d'autres moyens qu'le sang humain, si t'peux pas t'retenir. Ca peut t'aider. Au début. C'est une sorte d'foutue désintox, en fait."

J'soupire. J'suis tellement mal placé pour lui dire ça. J'suis genre le mec le moins crédible dans l'rôle d'celui qui vante les mérites d'la cure d'désintox. J'y ai jamais foutu les pieds. Surement parc'que, Shea a raison, j'ai pas vraiment envie d'm'arrêter. Parc'qu'j'suis accro à la mouise encore plus qu'à la came. Parc'qu'j'connais rien d'autre qu'la souffrance, et qu'ça, j'ai appris à la gérer. Et j'm'en suis rendu compte auprès d'Shea. En réalisant qu'j'savais pas c'que c'était d'être normal, d'avoir une relation normale, d'vivre normalement. Quand il m'a dit que tout ce qu'j'étais, au final, c'était qu'une vaste blague. J'me racle la gorge et j'crache par terre. J'me sens amer. J'ai un goût dégueulasse dans la bouche. L'mégot tombe dans l'vide et s'écrase quelque part, plus bas, j'y vois même pas. J'gratte ma barbe en pressant un peu plus ma paume entre les omoplates d'mon vieux frère.

"T'as rencontré quelqu'un, c'est ça ? Quelqu'un qui t'a fait t'rende compte que c'que tu faisais, c'était mal ?"



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Lun 12 Sep - 20:36

Même le Diable fut un ange au commencement.






L'amitié...

Je me sens perdu et pourtant tellement soutenu. Ma solitude se meurt alors qu'Aldous me raconte sa vie, ses déboires. Il avait regardé la souffrance en face lui aussi. Je ne regrettais pas de l'avoir appelé. S'il y avait quelqu'un sur terre qui soit encore capable de comprendre mon état, c'était lui. Le point commun qui me frappe le plus vivement, c'est ce foyer qui n'en est pas un. Aldous avait fuit ses parents comme j'avais fuit mon père. Jeunesse idiote qui souhaite juste échapper à une cage d'amour fictif. Mon paternel n'avait jamais tenté de me retenir, de me faire revenir. Pendant une douzaine d'années, il n'avait vu dans mes yeux que sa femme qui avait fuit. Maintenant adulte, maintenant qu'il était sans doute mort depuis bien longtemps, je voyais les tourments qu'il avait du endurer à cause de moi. Je n'approuvais pas ses choix, mais je pouvais comprendre ce qu'il avait ressenti.
Je sens mes yeux devenir humides, rendant ma vision floue alors que mon meilleur ami parle de moi comme d'un survivant. J'avais fait de bons choix avec Juliette. J'en avais fait de très mauvais sans elle. Et avec Nina... Je retrouvais cette part de moi qui voulait faire le meilleur. Seulement le meilleur. Pourquoi avais-je besoin de cet appui pour changer? Parce que ça m'avait toujours cruellement manqué. J'avais perdu cette voix de la raison qu'on appelle maman et qui est là pour nous remettre sur la bonne voie avec un seul regard inquisiteur. J'avais besoin de cette pression pour changer, pour ne pas entendre la voix de mon père me dire que je n'étais qu'une merde, que quoique je fasse j'aurais pris la mauvaise décision.
Je m'essuie les yeux dans la manche de mon sweat alors qu'Aldous vient de taper dans le mille: j'avais rencontré quelqu'un. Le quelqu'un qui faisait tout basculer subitement.

Une Juliette qui ne l'était pas vraiment.

Sans le vouloir, Nina ramenait en moi cette part de droiture dont je ne m'étais jamais détaché. J'avais commis des erreurs, des tonnes et des tonnes d'erreurs. Mais j'avais toujours gardé une capacité à changer, à fuir une ville pour une autre, une famille pour une autre, une humanité pour... une autre. Je n'avais pas autant déménagé par envie. Je l'avais fait pour un changement. A chaque fois que je fuyais un endroit, je partais loin de cette précédente version de moi pleine d'erreurs et de regrets. Je fuyais pour trouver une nouvelle vie.
J'ai la gorgé nouée, je la sens qui me torture pour que je cède aux larmes qui m'agressent déjà. Je retiens tout, déglutissant pour ravaler la tristesse qui me hante.

Dire que j'avais failli mourir pour de bon...

"Quelqu'un..."

J'entends ma voix dérailler plus encore sous les coups de la mélancolie qui me gagne, je bloque ma respiration avant de craquer sous la pression. je ne voulais pas me permettre de pleurer, pas comme ça, pas dans cet état. La statue de la Vierge me juge et me materne en même temps. C'était ça que je voulais, quelqu'un qui soit incapable de m'abandonner.

"Je sais que je fais les mauvais choix... Parce que quand je l'approche... Je meurs à petit feu..."

Je ferme les yeux pour retenir l'eau salée qui gagne mes iris, fronçant mon regard sous les coups de la douleur que me procurait cette confession. J'ai du mal à parler, à penser. Tout s'enflamme.

"Même la regarder ça me fait mal... Sérieux, t'as vu ce que je suis devenu? À côté d'elle... J'ai l'air d'un monstre."

Je répète encore ce terme. Je ne parviens pas à me voir autrement.

"T'as pas idée à quel point ça fait mal d'être à côté d'une banshee quand t'es carnassier..." j'essuie de nouveau mes yeux contre ma manche "Je me suis... brûlé... électrocuté... mutilé... tué... C'est rien en comparaison. Rien."

Je secoue légèrement la tête, comme si je me disais non à moi-me^me, comme si je me refusais quelque chose. Je reste silencieux quelques secondes, les yeux rivés sur le sol, avant de reprendre la parole. J'ai l'air livide, plus stryge que jamais alors que mes ailes se replient lentement et douloureusement. Ma gorge me serre plus que jamais. Je sais que mes prochains mots m'arracheront encore de la tristesse qui se lira dans mes yeux humides.

"Il a fallu que je tombe fou amoureux d'une banshee..."


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Alone We Die, My Frozen Angel
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Mar 13 Sep - 22:45
"Même le Diable fut un Ange au Commencement"



13 Octobre 2016 - 00h00 - Aldous & Dante


Une Banshee. Une foutue Banshee. Après tout c'que l'vieux Dante m'avait sorti quand j'lui ai parlé d'Shea. "J'les sens pas les Banshees, j'suis sûr qu'elles cachent qu'qu'chose, tu d'vrais t'méfier d'ce mec, j'ai pas confiance dans les Banshees". J'ai du mal à pas éclater d'rire. En fait, ça veut pas sortir parc'qu'j'vois comment il lutte pour pas s'effondrer d'vant moi. Foutue fierté à deux balles. C'est au moins un avantage d'la dope, et d'être camé en permanence ... T'as plus aucune fierté. J'le vois qui s'bat contre lui même, contre tout c'qu'il ressent et qui lui tord l'bide. J'le lâche parc'qu'je sens qu'il se sent trop mal, qu'il est sur l'point d'disjoncter. J'ai mal pour lui. Rien qu'pour ça, j'aurais jamais pu être une putain d'Banshee ... J'suis pas fais pour la compassion et l'empathie. Dès qu'j'tiens à quelqu'un, si j'souffre avec, j'me laisse bouffer à sa place. Si j'pouvais, j'le f'rais surement. Parc'qu'j'sais pas quoi faire d'autre pour l'aider. Si seulement j'pouvais prendre sa douleur à sa place. Il l'mérite. Il pourrait être heureux. Enfin essayer. Faire un truc avec sa Banshee, r'commence à zéro. J'ai tendance à croire qu'pour moi c'est foutu, qu'y a pas d'issue positive qui m'attend. Alors, pourquoi pas, après tout. Sauf qu'c'est pas si simple. J'ai pas b'soin qu'il m'explique pour comprendre. J'soupire en pensant à Shea.

Si un Stryge carnassier est une Banshee avait du mal à supporter la malfaisance de l'un et la bonté suprême et la dévotion de l'autre, c'était presque la même histoire pour les Ombres et les Banshees. Ils étaient toxiques l'un pour l'autre, les Ombres contre la Lumière céleste, la vengeance contre le salut, la possession face aux malédictions. Deux faces de la même pièce coexistant sans jamais pouvoir se retrouver. Ainsi était-il voué à endurer son amour chaotique et destructeur pour Shea, tout comme Dante aspirait à s'abandonner aux doux sentiments pour sa Banshee. Aldous regarde tour à tour son vieux ami et cette statue oppressante de la Vierge qui les toise tout deux. Elle lui fait penser à cette Stryge, et à Alice. Il déglutit faiblement en perdant ses doigts dans sa barbe. Ses mains tremblent, comme à chaque fois qu'il est clean. Mais ce soir, il n'a même pas envie d'une dose. Il veut rester. Rester pour Dante. Son regard se perd dans l'abîme ouvert à leurs pieds, il contemple le bitume qui les nargue, eux qui ne peuvent mourir.

"J'imagine très bien ... C'est à peu près pareil pour une Ombre d'rester à côté d'un Banshee ... J'te parle même pas d'plus. Quand ..."

J'déglutis. Putain c'est pas facile d'en parler. Surement parc'qu'jusque là, l'truc dans l'ascenseur, j'en ai parlé à personne. Parc'que j'savais pas quoi dire, pas quoi penser d'c'qui s'était passé. J'avais plus beaucoup d'espoir, et pourtant. Pourtant, j'arrivais pas à r'noncer à lui. C'était trop dur. Son visage m'hante autant qu'avant. J'suis même avide d'sa putain d'lumière qui m'grille la chair comme un foutu rayon d'la mort. Plus j'regarde Dante, plus j'pense à c'que j'vais lui dire, plus j'me sens sur l'point d'craquer avec lui. J'détourne l'regard un peu. Parc'que j'le vois qui lutte d'plus en plus, ravalant ses larmes alors qu'elles lui brûlent de plus en plus les yeux. Parc'qu'j'sens qu'mes propres peurs m'éclatent à la gueule, qu'j'ai les mêmes angoisses au fond d'moi. Des putains d'remords qui m'tournent en boucle dans l'crâne parc'qu'j'sais qu'si Shea v'nait à apprendre c'que j'ai fais, un jour, j'le perdrais. Pour toujours. Et ça fait mal. Mal d'pas pouvoir être soi même. Mal d'd'voir choisir entre l'amour, et c'qu'on veut au plus profond d'soi. D'se dire qu'celui qu'on aime, nous accep'tra jamais tel qu'on est. J'serre les dents et j'contracte encore les muscles d'mes doigts. J'ai des crampes dans les poignets, ça m'lance et en même temps ça m'démange d'cogner. Dans la gueule torchée d'miséricorde d'la Vierge qui nous toise. Pour éclater l'marbre quitte à m'briser toutes les phalanges. Ou au moins, essayer.

"Quand j'suis partie d'chez toi, l'soir d'la coupure d'courant. J'ai ... Enfin j'l'ai vu. J'veux dire qu'il était là. Dans l'ascenseur. Il v'nait d'plus haut dans ton immeuble. Il a tout d'suite pigé. Et moi aussi. J'ai su à la minute où j'ai croisé son r'gard, qu'ce s'rait plus jamais pareil. Pas parc'qu'j'me suis taillé d'chez lui comme un putain d'lâche en balançant une pauvre excuse à deux balles. Pas parc'qu'j'l'ai stalké par textos et qu'j'lui ai planté un lapin. Non ... Parc'qu'lui, c'est une putain d'Banshee et moi un connard d'Ombre. Et qu'on s'fait du mal l'un à l'autre, simplement en s'tenant à côté l'un d'l'autre. Simplement parc'qu'on est c'qu'l'on est."

Il a des perles salées qui débordent de ses yeux cernés comme jamais, qui brillent d'un éclat anormale. Il sent monter en lui la rage amère d'un passé déchu qui ne sera plus jamais, d'une erreur commise qu'il ne pourra jamais réparé, de regrets qu'il a d'avoir été trop con pour assumer ses sentiments. Et parce qu'il sait cette souffrance, parce qu'il la dégueule par ses pupilles débordant de rancoeur et de peine, il refuse que son frère vive la même chose. Il ne veut pas le retrouver un jour, aussi minable qu'Aldous l'était en cet instant, exsangue du moindre espoir de rédemption, de la moindre chance de bonheur, persuadé au plus profond de lui même qu'il n'aura le droit qu'à ce qu'il avait aujourd'hui. Qu'à ce qu'il était maintenant et à jamais. Un monstre. Il laisse couler ses larmes parc'qu'il n'a pas la force ni l'envie de les retenir, et il renifle faiblement en calant les mèches blondes qui lui tombent devant les yeux, derrière ses oreilles. Il pose son regard triste sur son ami.

"T'sais Dante, t'es p't'être un monstre, mais t'as encore la possibilité d'changer. T'peux faire c'qu'il faut pour elle. T'peux abandonner c'côté obscur. T'es pas condamné à faire ça. Si t'as la force en toi, et j'sais qu'tu l'as, t'y arriveras. Et tu s'rais heureux d'nouveau. Et t'aimeras d'nouveau. Alors, vas y mec, qu'est-c'que t'attend ? R'deviens l'type droit dans ses bottes qu'est prêt à tout pour c'qui compte vraiment à ses yeux. Fais le. Pour elle. Pour toi ..."


Et ses derniers mots meurent dans un sanglot rauque qui les avalent presque entièrement.

"Pour moi ... parc'qu'moi, j'pourrais jamais m'en sortir. Jamais."




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J'ai : 42 ans. Age d'apparence : Une petite quarantaine. Je travaille comme : Patron du Blue Devil, un casino insalubre. Actuellement, je suis : Veuf... Niveau social : Modeste, avec de grosses rentrées d'argent ces jours-ci...





















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Mer 14 Sep - 12:49

Même le Diable fut un ange au commencement.






Frustré, c'est le mot que je cherchais.

Une perpétuelle frustration me gagne chaque fois que le visage de Nina me revient en tête. Je suis frustré parce que je sais que je ne l'aurais jamais. Carnassier ou non, je serais toujours beaucoup trop différent d'elle. Avec Juliette, nos vices s'égalaient. Elle s'épanouissait dans la luxure, moi dans la violence. On se complétait dans notre folie réciproque. On avait voulu changer, ensemble, comme toujours. On était devenus meilleurs grâce à la présence de l'autre.

Et elle m'a laissé.

Aldous épilogue sur l'homme qu'il a aimé. Je ne voyais pourtant pas d'amour dans ses paroles, seulement des regrets et de l'amertume. La banshee qui l'occupait, ce n'était pas franchement un type qui me semblait bien pour lui. Aimer, c'est aussi pardonner. Alors ne pas en être capable, c'est sans doute une preuve que tout est fini.
J'étais mal placé pour parler. Moi, j'aimais de manière inconditionnelle. Quand je tenais à une femme, je ne vivais plus que pour elle. C'était à la fois ma plus grande qualité et une véritable malédiction. Possessif, je deviens rapidement un jaloux maladif, ce qui avait conduit à plusieurs scènes de ménage avec mon ex-femme. Les disputes se terminaient toujours bien, heureusement. Souvent sur l'oreiller parce qu'on ne connaissait que ça pour tout arranger.

Jeunes cons que nous étions...

Je ravale ma tristesse, par fierté, par incapacité à interagir avec les autres. Je ne vais pas surenchérir avec ma peine, ni m'estimer heureux quand je ne le suis pas.
Aldous me laisse penser que je suis quelqu'un de fort, incapable de ne pas réussir. Changer, j'aimerais le faire, simplement pour ne pas devoir rester à l'écart de Nina toute ma vie. Mais je ne voyais pas comment. Je n'étancherais jamais cette soif qui me contrôle davantage jour après jour.
Je ressens une vive douleur avant de répondre, dans le dos. Les lacérations qu'ont causé mes ailes dans ma chair ne me laissent pas aussi indifférent que je l'aurais souhaité. Quoique je fasse, je ne peux qu'endurer.

"T'as l'éternité pour ça."

La douleur me rend froid et me donne une voix monocorde. Mais pour autant, je n'oublie pas de détourner la conversation sur Aldous. Je n'étais pas le seul dans une mauvaise passe et, il fallait se l'avouer, moi je me débrouillais bien mieux seul. Ce n'était pas une chance qu'avait mon ami. Si personne ne l'aidait, il resterait à jamais figé dans sa peine. Moi je n'avais qu'à me trouver un but unique, un amour vain. C'était suffisant pour me donner une bonne raison de changer. Aldous, lui, avait besoin d'être poussé.

"Je dis pas que tu dois t'y mettre dès demain, mais quand tu voudras changer, t'auras tout le temps que tu voudras pour le faire. T'as pas besoin que je change pour t'améliorer, t'as besoin de trouver ta propre motivation."

Je me décrispe peu à peu. Mettre mes émotions de côté me réussissait toujours aussi bien.

"Ce type est sûrement un enfoiré. Il est pas capable de comprendre ce que c'est que d'être du mauvais côté de la barrière. Il a jamais dû y être. Mais toi, tu sais ce que ça fait. Tu sais qu'il y a une barrière presque impossible à franchir."

Je relève les yeux vers Aldous, un air sûr de moi.

"Change pas pour lui faire plaisir. Change pour toi, pour te sentir mieux."

Je lui donne des conseils que moi-même je ne suivais pas. Je ne voulais abandonner ma condition de carnassier que pour mon amour égoïste. C'était tout moi. Je tombais amoureux et soudain plus rien n'avait de sens dans ma vie sauf Nina, l'objet de ces sentiments.
Repenser à elle me donne des ailes. Mais surtout une vive douleur au coeur. Son souvenir était associé à la désagréable sensation que sa présence provoquait chez moi. Comme pris dans un cercle vicieux, je ne peux pas m'empêcher de penser à ma banshee, ses manières, sa voix, son sourire. La douleur s'amplifie aussitôt, me forçant à serrant les dents alors que mes clavicules semblent me brûler atrocement. Je place une main sous ma nuque, les doigts crispés par cette sensation qui s'intensifie seconde après seconde. Je respire plus rapidement, mes crocs se rétractent. J'entends un craquement qui provient d'une de mes ailes, puis de l'autre, comme si un os se brisait. Je laisse échapper un râle rauque. J'étais enfin calme mais cette douleur ravive mon anxiété. Mes ailes se replient, disparaissant plus vite que je ne l'aurais imaginé, mais dans une immonde peine. Quand je tourne la tête derrière moi, il n'y a plus rien. Je cligne péniblement des yeux alors que mes pupilles reprennent une taille normale. Chaque muscle de mon dos est encore crispé, mais libéré de ces appendices non désirés.

On dirait que l'albatros baudelairien est mort.

Je fouille dans mes poches pour y trouver des cigarettes et mon zippo gravé. Je lâche un putain de merde entre mes dents alors que j'allume ma clope, laissant le paquet à disposition pour Aldous. Je laisse échapper la première bouffée en faisant un cercle vaporeux avant de soupirer. C'est loin d'apaiser la douleur, mais la nicotine fait presque office de placebo à ce moment.

"Merci d'être venu au fait... Je pensais que tu serait trop occupé à empêcher Gaby de se tuer..."


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